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interrupted by fireworks (alistair)

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Arsène
only serving myself
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MessageSujet: interrupted by fireworks (alistair)   Mar 27 Juin - 8:11


interrupted by fireworks




Comme une mélodie délicate, la journée s’élance et s’avance, et avec suit mon corps, dans des gestes précis, dans des gestes que je répète, de jour en jour, depuis mon arrivée ici. Effleurer les objets, sentir leur passé, essayer de le retracer dans mon esprit sans pouvoir y parvenir. Les déplacer, leur offrir une valse pour les exposer. Les contempler, les envier, et faire découvrir leur lignée. C’est mon rôle. J’en prends soin comme n’importe qui prendrait soin de sa propre chair, de ses descendants, de sa famille. J’en prends soin car ils sont la miennes. Ces antiquités forment le passé que j’ai perdu, m’en offre un nouveau et j’aime pouvoir le partager avec eux. Il m’arrive de m’y enfermer, yeux dans le vide, je vogue dans l’âme de ces êtres immobiles, je tente de redessiner dans mon esprit ce qu’ils ont traversé. Certains ont été brisés mais se sont relevés, ont bravé les épreuves du temps. D’autres en gardent les marques telles des cicatrices, immortelles traces de la vie. Je cherche à les placer là où ils auraient pu être avant. Si certains aiment le soleil, d’autres le fuient, un peu comme moi. Pourtant, je n’ai rien de la grâce de ces objets. Je n’ai rien bravé. Je n’ai rien affronté. Je me contente de danser. Eux ont traversé, vogué sur la mer du temps alors que je ne fais que l’effleurer. Je les envie, parfois. Mais je dois apprendre à garder ce sentiment en moi. Car quand bien même je peux les envier, je ne veux pas en être jaloux. Cela ne m’apporterait rien, et à eux non plus. Je risquerai de les perdre et de les briser. Et ça, c’est tout ce que je ne veux pas atteindre. Je ne veux pas détruire les souvenirs d’un passé que j’ai perdu. Les souvenirs d’un passé que tout le monde a perdu, ici.

Peut-être devrais-je écrire l’histoire. Ecrire le passé de ceux qui viendront ensuite ici. Afin qu’ils aient quelque chose sur laquelle se baser, quelque chose sur laquelle s’appuyer. Car même si je les regarde, là, ces gargouilles et ces obélisques, ces statues et ces portraits, personne ne peut s’y identifier. La seule raison pour laquelle je le peux c’est car je conte, je narre ce qui leur est arrivé. J’imagine leur histoire comme les personnages d’un roman. Pour tout autre habitant de Varakes, ils ne sont rien d’autre que des objets de décoration, fantômes dans des appartements et maisons, matière au milieu des murs, couverts par un plafond. De quoi faire beau. Mais la beauté, personne ne la comprend. Car personne ne peut se plonger en elle. Oui ! Je le sais. Je vais écrire l’histoire de ces lieux, de ces habitants, en peignant, sculptant, écrivant. Je vais donner vie à l’inanimé, je vais composer leur partition. Pour que toutes les personnes qui suivent puis avoir les grandes lignes de ce qui nous entoure, comme j’ai les grandes lignes de ce au milieu de quoi je vis. Oui, voilà un but plaisant.

En espérant que l’inspiration me vienne.  
Ou plutôt me revienne.
Quoique. Est-elle partie ou alors n’est-elle jamais venue ?
Est-ce ma maladresse qui la fait fuir ?

Et maintenant que j’y pense. La maladresse est-elle un geste adroit ? Ce que l’on prend pour quelque chose de malheureux mène toujours au bonheur de certains. Ma maladresse mènera-t-elle à mon bonheur ? Ou à celui d’un autre ? Parfois je l’espère. Pourtant, je n’ai pas envie d’être maladroit. Qui le désirerait ? La maladresse entraine souvent à la perte de quelque chose, une blessure, matérielle ou non, une fracture de l’air qui brise nos pensées ou le silence. Elle m’ôte de mes pensées, fait s’envoler les syllabes qui cherchent à se rencontrer au dessus de moi et sur les pages vierges de mes carnets. Mais là, en ce jour, je dois braver cette maladresse. La surmonter, l’effacer pour offrir un nouveau passé. Crains moi, Maladresse, car aujourd’hui je n’ai pas peur de toi.

Enfin je me redresse, je prends conscience que tout ici n’est pas vain. Merci antiquités et vieux objets, grâce à vous j’ai trouvé de quoi occuper mes pensées. Mais par où commencer ? Une pinture, une sculpture, un poème, une chanson ? Un dessin, juste un croquis, une esquisse ? Voilà encore tant, trop de questions. Non. Ce n’est pas le moment de se les poser. Je dois les oublier. Simplement prendre l’inspiration, m’y agripper quand je la verrai.

M’y agripper. C’est ce que je fais. Dans un bond, sorti de mon magasin, un pas léger, tel un danseur étoilé, je m’élance car elle est là, l’inspiration. Les yeux brillants, le regard plein d’envie, je regarde ce qui se dresse devant moi. Ce pourrait être n’importe quoi, n’importe qui aux yeux des autres. Mais ce qui passe inaperçu me convient. Car personne ne comprend la beauté comme je la comprends.

    « Soyez ma muse. »

Voilà des mots qui s’échappent, des mots que je n’avais jamais prononcé. Muse ! Quel grand terme ! Tous les artistes en avaient une, De Vinci avait son apprenti Salai, Verdi composait pour Giuseppina, Rimbaud offrait les vers d’un amour passionné à Verlaine. Alors lui sera ma muse. Je le ressens au plus profond de moi. Comme un feu d’artifice qui éclaire la nuit, voilà qu’il vient éclairer mon esprit.

    « Vous incarnez une beauté que je me dois de comprendre afin de composer le passé qui sera le futur des nouveaux présents. Je vous en prie. »






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Alistair
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Mer 28 Juin - 14:06


Ce matin, j’ai regardé le soleil se lever.

Comme d’habitude. Putain d’insomnie. Je suis à ma fenêtre, avec ma tête de déterré, à fixer l’astre solaire. Il émerge paisiblement de l’horizon comme la belle au bois dormant s’extirpe langoureusement de ses draps cotonneux. Après une nuit passée à dormir, il ne peut qu’avoir une belle tronche. Pas comme moi. Les yeux mi-clos sous la fatigue, bordés de cernes bleues, j’ai l’air aussi renfrogné qu’un Sharpei : les rayons lumineux me font froncer le nez et je ne parle pas du café (que j’ai oublié de sucrer) qui finit de me tordre le visage. Je repose ma tasse sur le petit meuble à côté de moi et j’ouvre finalement les fenêtres. La ville dort encore. Chanceuse.

Je préfère me détourner avant que la tentation de réveiller mes voisins ne devienne trop forte. Ils ne m’ont rien fait, je suis simplement casse-couilles quand je manque de sommeil. J’avale quelques biscuits, puis me rends dans la salle de bains pour me laver. Je passe un coup de peigne dans mes cheveux bruns qui tirent vers le gris, ma main se glisse dans ma barbe de quelques jours. Je m’asperge longuement le visage d’eau. Dans les films, ça suffit à effacer la fatigue. Ou à la faire ressortir. Je vous laisse deviner dans quel cas je me trouve.

Après un peu de parfum, je vais me peser. La vision de mon poids m’arrache un soupir exaspéré. Est-ce que le café à peine bu et mes 3 biscuits peuvent suffire à expliquer la dizaine de kilos superflus que je vois affichés ? Ouais. Probablement. Je me rends dans ma chambre, enfile un pantalon noir, très simple, une chemise grise que je finis de boutonner. Il fait un peu frais ce matin, alors j’opte pour un veston qui me force à rentrer un peu le ventre. Je n’ai pas vraiment de ventre rond, mais je dois admettre que j’ai un petit bidou auquel j’ai bien du mal à m’y faire.

Ce matin-là, j’ai 2 clients au cabinet et je termine par une visite à domicile. Tout se passe sans encombre, si l’on peut dire. Josy a pleuré, le vieux Seth s’est endormi et a ronflé comme un ours et j’ai terminé par le jeune Grey… qui m’a posé un lapin. Eh bien, pour un genou cassé, il bouge bien ! Enfin, je suppose que la saison des amours chez les adolescents n’a pas de limites temporelles… Ou corporelles. Cette idée m’arrache un sourire attendri et, sur le chemin du retour, je succombe aux charmes d’un thé vert et d’une pâtisserie à la surface dorée. Mon amour à moi pour la nourriture n’a pas de limites non plus.

Je m’avance dans la rue, le thé fumant dans une main, la pâtisserie dans l’autre. Je mords avidement dans sa peau délicieusement dorée qui libère un cœur moelleux, presque fondant. Je ne veux pas savoir la quantité de beurre qu’on a mis là-dedans. Ça serait une raison de plus pour gâcher ma journée. Et c’est alors qu’une voix m’interpelle. Je baisse les yeux vers le jeune homme qui me fixe intensément de ses yeux clairs. Je dévisage son visage presque chérubin, à la peau immaculée, aux lèvres claires, aux oreilles peut-être légèrement décollées. Il s’adresse à moi avec un ton particulier, passionné et qui sonne pourtant comme… vide. Je mets de longues minutes à comprendre ce qu’il veut dire. Et quand, enfin, j’accède au sens de ses mots, je ne peux m’empêcher de rire.

Oh, un petit rire de ma voix grave avant que je ne secoue légèrement la tête de droite à gauche, les sourcils levés sous la stupeur.

« Vous vous foutez de moi ? »

J’ai des cernes jusqu’au menton, je suis coiffé comme un as de pique à force de glisser ma main dans mes mèches grisées, j’ai probablement des miettes de mon goûter dans ma barbe. Putain Alistair, un goûter ! Et tu te plains de ton poids après ? Enfin, j’ai pris du thé vert, ça aide à garder la ligne, ça doit bien compenser… non ? Par prudence, je passe une main dans ma barbe pour m’assurer être au moins un tant soit peu présentable. Je regarde soigneusement autour de nous. C’est une caméra cachée c’est ça ? On a choisi le plus moche de la rue pour lui faire le coup ? Mon attention se porte de nouveau sur le jeune homme face à moi. Pourtant, je n’ai pas le cœur de m’énerver. Ce n’est pas mon genre. Je finis par sourire de nouveau et je reprends, le ton probablement plus doux que précédemment.

« Si vous voulez. Qu’est ce que je dois faire exactement ? »

Ouais, pour moi, c’est une caméra cachée, rien de plus. Alors autant suivre le mouvement. Au pire, je serais ridicule, au mieux, je ferais sourire quelqu’un. Dans les 2 cas, ça me permettra peut-être d’égayer ma journée si mal commencée.
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Arsène
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Mer 28 Juin - 16:00


interrupted by fireworks




Si je veux. Voilà des mots qu’il prononce avec une innocence certaine, comme dans un poème en prose, loin d’être conscient même de ce que cela peut produire en moi. Un torrent d’émotions, le ciel sombre de mon être qui s’éclaircit soudainement, un soleil qui brille non loin de mon cœur, ses rayons qui le réchauffe. Il est cet astre là, mystérieux inconnu dont je lis les traits depuis trente-sept secondes. Trente-sept secondes où j’ai pu lire en son visage, en ces traits fatigués. Mais il brille. Il brille, mon astre doré. Il brille, mon soleil épuisé. Il brille malgré ses marques, il brille de milles feux. Une minute et voici que je sombre déjà dans mes pensées, à le fixer, à le contempler en silence, alors qu’il doit attendre une réponse. Mais quelle réponse donner, je ne sais. J’ai l’impression qu’elle doit venir de lui, cette réponse, dans un geste, dans un mouvement. Mais il ne bouge pas. Et moi non plus.

Ce que je veux, alors. C’est bien différent. Il semble enclin à participer à ma réinterprétation du passé de mon présent. Devrais-je en faire une épopée ou un hymne, le faire devenir le héros de ce passé, le mettre en valeur aux yeux de tous, ainsi l’élever tel le soleil qu’il est ? Devrais-je être plus discret, me contenter d’un impromptu, courts vers mais qui dévoilent tant. Non. Non non, il est plus complexe, d’une beauté naturelle, loin du côté précieux de tous ces poèmes que l’on ensence ! Je dois le décomposer pour le recomposer, le lire pour le comprendre, effleurer chaque page en détails, pour ainsi bâtir des fondations qui seront la pièce maîtresse de mon œuvre. Ni un hymne, ni un impromptu, encore moins un madrigal ou, grande folie, une élégie ! Car il n’y aura rien de mélancolique dans le passé de nos futurs, il n’y aura rien représentant tristesse. Car je ne veux ici que beauté et que la vérité de cet être. De quoi dois-je me rapprocher ? Commençons en douceur, ce sera pour moi une ode, plus simple peut-être, une odelette. Mais je m’égare, encore dans mes pensées, à tenir son bras, à y être agripper. Il va s’en aller.

    « Soyez… Vous-même. L’incarnation d’une beauté inexprimée et encore loin des yeux du monde, soyez celui qui ouvrira en mon esprit la porte de l’inspiration. Soyez celui que je veux représenter à jamais. Soyez le Achille de mon Iliade, le Ulysse de mon Odyssée, soyez le héros de mes pensées, le centre de mes idées. »


Je me glisse dans son regard. Il exprime tant en si peu de choses. Mais je suis le seul à pouvoir le ressentir, sinon il y a bien longtemps que l’on me l’aurait volé. Ô ma muse… Je veux qu’il lise en moi comme je lis en lui.

    « Venez. »


Je garde sa main dans la mienne, entremêle nos doigts pour ressentir davantage. J’ouvre la porte de mon monde, là où les divers passés se mêlent sans se croiser. Pourtant, je sais que certains se sont vus, revus, entrevus. Mais ils ne partagent pas la même vision, mes doux objets. Un des siens se glissent déjà par là, son mug emplit de thé que je dépose sur le comptoir. Là je lui montre dans un élan ce que nous dit ce vase, ce qu’il représente, combats entre gladiateurs affamés. Puis ici, cette statue, le regard dans le vide, les seins nus, une main sur sa peau immaculée. Et voilà que nous effleurons les vers composées par un poète déprimé, alors qu’il venait de rencontrer l’homme de sa vie, dans sa demeure éloignée, dans son petit paradis.

    « Tant de muses ont autrefois été bénies par la douceur et la passion de certains génies. Si vous le voulez bien, vous qui incarnez la beauté, devenir mien pour m’aider à composer. J’en serais heureux et incroyablement touché, croyez le. Honoré devrais-je dire, vous qui êtes à présent le bonheur de mon être errant dans les méandres de l’inconnu. »


Je l’admire déjà. Je le contemple, le perçois. Je le désire, reconnais là celui qui comblera mes nuits de ses gestes et de ses mots délicats. Je me fourvoie, je crois. Il a l’air plus perdu que moi sur un carnet aux pages blanches et déchirées.

    « Vous devez comprendre… que je n’ai jamais offert cela à quiconque avant. Et que je vois en vous celui qui répond aux battements de mon cœur. »


Pourquoi ses mèches retombent-elles sur son visage ? C’est une esthétique particulière. Mais je veux voir tous ses traits. Alors je les repousse, du bout des doigts, caresse sa barbe de l’autre.

    « Pourriez-vous rester là pendant que j’apprends à lire le votre ? Tout ce que je vous demande… C’est de m’accorder votre temps, que je puisse… pour que je puisse… »


Lentement, j’appose ma paume sur son torse pour comprendre. Pour que mes battements se mêlent aux siens. Et c’est si bon. Au même rythme, danse folle.

    « Pour que je puisse vous apprendre. »




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Alistair
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Ven 30 Juin - 9:46


Je sens son étreinte se resserrer. Ce geste m’alerte et me fait perdre mon sourire. Mes yeux le dévisagent plus attentivement. Cette peau de porcelaine, creusée par des cernes proches des miennes. Ses lèvres bien dessinées, rosées, presque potelées comparées aux miennes, s’entrouvrent, laissent échapper un souffle quelque peu irrégulier. Ses yeux clairs ne quittent pas mon regard, s’ancrent comme ses doigts qui s’accrochent à mon vêtement. Peut-être aurais-je dû me dégager ? Me reculer ? Ou au moins, lui faire lâcher prise ? Au lieu de cela, je ne bouge pas d’un pouce. Ma propre respiration est calme, lente, profonde. Comme pour le rassurer. Il en faut beaucoup pour m’effrayer. Plus encore quand je vois que je fais affaire à quelqu’un qui a besoin d’aide… Et je sens qu’il a besoin de moi. Ce n’est pas une caméra cachée. C’est un mec bizarre qui souhaite que je sois là. Et je ne perçois, pour l’instant, aucune menace de sa part. Autant le suivre, nous verrons bien où ça me mènera.

La suite de ses paroles me laisse sans voix. En fait, je ne suis pas bien sûr d’avoir exactement compris le sens de ses mots… Mais j’ai l’impression de ressentir les émotions qui les motivent. La volonté de m’avoir à ses côtés. De m’avoir pour l’écouter. Je n’ai plus d’histoire sur laquelle m’appuyer. Tout comme je n’ai plus d’expériences auxquelles me fier. Alors je ne sais pas quoi faire. Je n’arrive pas à me dire que je devrais peut-être laisser ce fou dans ses chimères. Je n’arrive pas à laisser ce garçon seul, en proie à ses fantasmes. Je ne souhaite pas l’abandonner alors que c’est vers moi qu’il s’est dirigé. Je me sens comme le chien dans la rue vers lequel un enfant va spontanément porter son affection. Ouais, au lieu de me faire peur, ses mots me flattent, son attention me touche. Je sens ses attentes et j’ai envie d’y répondre.

Je le suis sagement dans sa boutique. Dans cet antre empli de trésors. Etonné, je reste quelques secondes en retrait. J’observe attentivement cette boutique où tout semble soigneusement rangé, selon une logique que je n’ai pas encore pu comprendre. Au moins, je peux voir que tout est très bien entretenu. Je le laisse récupérer ma tasse puis ma main pour me conduire jusqu’à une œuvre d’art puis à une autre. C’est la première fois que je rentre dans une boutique d’antiquités. Tout du moins, la première fois où j’en ai conscience. L’ambiance y est vraiment particulière. J’ai l’impression d’avoir franchi le seuil d’une église. On perçoit très bien le pas léger du jeune homme sur le carrelage. Le mien est plus lourd, plus lent. Il en fait deux quand je me contente d’un seul. Ce sont les seuls bruits qui se dégagent, avec le son de sa voix, doux et pourtant, rapide comme le cours d’une rivière. Je me surprends à me laisser entraîner par lui, par ses syllabes qui s’enchaînent, murmurées par cette voix passionnée.

« Euh… Ouais. »

Je réponds avec maladresse. Il s’exprime avec autant de grâce… qu’il s’avance. Face à lui, face à son aisance tant verbale que physique, je me sens terriblement pataud. Je gâche tout. Ma silhouette massive se glisse péniblement dans les petites allées, par peur de renverser un de ses précieux objets. Je n’ose pas parler, par peur que mes blagues ou mes remarques brisent cette ambiance très particulière…  Comment je peux susciter chez cet homme tant de choses ? On se connaît à peine. Et plus le temps passe, plus je ressens… un certain malaise. Ce qu’il semble voir ne correspond en rien à ce que je suis. Je ne peux pas répondre à ses attentes. Cet homme illuminé et cultivé ne me renvoie que davantage au vide qui m’habite. Sa muse ? Ouais, c’est comme ça qu’il m’a appelé. Est-ce qu’il m’a bien regardé ?

Des rides tirent mon visage. J’ai des cernes. Une barbe mal rasée. Des cheveux qui grisaillent. Certes, j’ai des épaules, un dos bien développés, mais j’ai un ventre rond, des mains usées. J’ai rien d’un héros. J’suis pas un pompier, un flic ou que sais-je. Je suis pas non plus un homme qui a vraiment dû se battre pour s’en sortir. J’suis un mec comme les autres. Quitte à prendre une muse, pourquoi pas une belle femme aux courbes généreuses, à la taille marquée ? Un homme jeune, élancé, dans la force de l’âge, au sourire ravageur ? Tant de personnes feraient l’affaire. C’est pas bien dur de trouver plus beau que moi, plus intelligent que moi, plus brave ou plus méritant que moi. Je ressens comme un élan de tristesse et d’inquiétude pour ce garçon à l’esprit dérangé dont les pensées hagardes se sont toutes ancrées à moi pour ne plus errer au hasard. Et je crois que je n’ai pas le cœur de l’arracher à moi.

Quand sa main vint chercher les battements lents de mon cœur, je mets quelques secondes à réagir avant que ma main ne se referme sur la sienne. Je le sépare doucement de mon torse et rabaisse sa main, bien que la mienne reste doucement nouée à la sienne, mon pouce venant prudemment longer sa peau alors que mes yeux s’unissent aux siens.

« Je n’ai pas bien compris ce que tu veux, exactement. »

J’ai fini par le dire. Ma voix sonne plus grave que jamais dans l’étrange silence du magasin. A croire que tous les objets écoutent notre conversation. Ça serait presque flippant.

« Mais bon, si tu veux juste qu’on apprenne à se connaître… pas de problème. » Je retrouve le sourire, un sourire se voulant encourageant. Ma main qui tient toujours la sienne finit par la lui serrer. « Bonjour, je m’appelle Alistair. Et toi ? »

Merde, je le tutoie. Ça m’est venu spontanément. Et puis finalement, ce n’est pas si gênant. Pour moi, tout du moins. J’espère que c’est réciproque…
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Arsène
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Mer 5 Juil - 15:18


interrupted by fireworks




Un de mes doigts est posé sur ses veines, je sens les battements de son cœur. Puissants, posés, ils m’apaisent comme jamais, charmé à la fin d’une danse serrée. Mon souffle se détend, mais je suis pourtant séduit, est-il même conscient de ce qu’il peut causer ? Un semble battement de cœur suffit à me bercer, m’emporter. Comme si j’étais déjà sien, oui. Je suis déjà sien. Je le sais et le ressens. Peut-être n’est-il pas mien cependant. Il est une muse, et bien des muses n’ont pas appartenu à leurs artistes, n’étant que sources d’inspirations, sources de désirs, pour certains, sources de plaisir. Mais le cas inverse est bien vrai, l’artiste appartient à sa muse, vit pour elle, suit ses faits, ses gestes, écoute le son de sa voix, suit les lignes de son corps, les lignes de son être. Alors voilà. Je suis à Alistair. Alistair n’est pas à moi. Je ne sais pas s’il le deviendra. Mais peu m’importe, si je peux rester une part de lui, s’il me laisse le détailler comme je l’aimerais. Un autre battement m’emballe et sa main se détache déjà. Mais mon regard ne lâche pas le sien. Il m’attire, tel un tournesol fixe la lumière, comme un fidèle contemple le ciel. Il est ma lumière, le nouveau ciel qui s’ouvre à moi. Non. Il ne se détache pas mais se rattache, me laissant perplexe.

    « Alistair. »


Alistair. Alistair, un nom original, un nom qui sonne étranger à certaines de mes connaissances, mais pas toutes. Un nom qui me fait douter, douter de moi et de mon savoir. Ai-je déjà rencontré un Alistair ? Dans mes livres peut-être. Dans des écrits, sur des tableaux, peut-être. Mais jamais ce nom n’a traversé mes poèmes, jamais je n’ai laissé glissé l’encre sur une feuille pour dessiner les courbes de ses voyelles. C’est un renouveau certain. C’est une variable inconnue qui se glisse là. Comment exploiter chaque syllabe, chaque son ? Comment faire correspondre la couleur à son nom ? Dois-je me contenter de reprendre la couleur de ses yeux ? Non. Je ne suis pas un débutant. Je dois admirer les couleurs, chaque pigment de son être pour mieux le retranscrire, mieux retranscrire… Alistair. Ma muse. L’homme dont je vais rêver bien trop souvent à présent, celui qui comblera le vide de mes nuits, qui agitera mon esprit. Alistair, chaque lettre a son importance, je sais que je vais les prononcer, longuement, jusqu’à trouver leur sens. Car sens il y a, à tout, enfoui quelque part. Il ne me reste qu’à le trouver, à présent. Alors voilà que je vogue de vase en vase, de tableau en tableau, à la recherche d’une base, d’un semblant de référence.

    « Alistair. Descendant d’Alexandre le Grand peut-être ? Ou bien d’Andros, une étymologie particulière, qualifie votre masculinité. Peut-être venez vous de Grèce, tout simplement, sinon. Hm. »


J’erre, au milieu de mes antiquités, à chercher un passé que je pourrais lui trouver, un passé qui peut-être se trouve là. Peut-être vais-je avoir des réponses !

Allons Arsène reprends toi.
Tu n’es pas là pour trouver les réponses.

Mais pour les créer. Oui, tel était mon but initial, écrire un passé pour notre présent. Alors je devrais plutôt m’attarder sur lui au lieu de m’attarder sur qui il aurait pu être, sur ses origines, sur sa symbolique passée. Je dois l’écrire, la composer. Je dois la décider en découvrant chaque petite parcelle de l’homme qui se dresse devant moi. En cherchant dans sa barbe, en laissant voguer mes doigts dans ses mèches. C’est ce que je fais, ce que j’ai aussi déjà essayé. En effleurant ses épaules, en croisant son regard. En étudiant le mouvement de ses lèvres, peut-être de plus près.

    « Je m’appelle Arsène. Je suis antiquaire. Je recherche l’incarnation de la beauté de cet endroit pour en faire ma muse. Je veux écrire son passé pour offrir à tous une histoire ici. Pour tous ceux qui arriveront, après vous, après moi, après ceux qui marchent là dans la rue. Je vous veux vous. Car c’est vous qui êtes la clé, je le ressens. »


Il est beau, Alistair. Il est perdu, je le vois dans ses yeux. C’est amusant, et j’en souris, un petit peu, pour une fois.

    « Je peins, je sculpte, j’écris. Je ne chante pas par contre, je laisse cela à Robert. »


Je montre un petit buste, un petit peu plus loin. Je lui ai écris une histoire, aussi. Je ne sais pas d’où vient cette statue de ce jeune homme bouclé aux yeux si tendres.

    « Soyez ma muse. Vous m’inspirez déjà tant. Chaque trait de votre visage m’offre une possibilité infinie de vous représenter, de représenter des émotions. Vos lèvres… expriment une douceur que je n’arrive pas à m’expliquer. Je veux en déceler le mystère. Alistair. Laissez-moi être votre artiste et soyez ma muse. »


Je reprends sa main dans la mienne, soudainement paniqué à l’idée qu’il s’en aille. Les muses n’appartiennent pas aux artistes. Je l’ai dit. Mes yeux, paniqués, reflètent soudainement une tristesse que je ne puis expliquer.

    « Ne partez pas. Et laissez-moi une chance de vous montrer. »


Mes paupières, lourdes, se referment, et mes deux mains remontent enfin sur ses joues. Là, une ride. Pourtant il ne sourit pas. Là, une cicatrice. Juste ici, ses mèches retombent. Juste par là, ses lèvres chaudes et abimées. Et mes mains s’écartent, viennent valser jusqu’à mes craies, mes mines et autres crayons, jusqu’à ce que j’opte pour un fusain. Je vogue, murmure quelques mots, m’enferment dans ce que je me souviens de lui, sans lever la tête.

    « Vous incarnez cette beauté là. Une beauté qui fait battre mon cœur comme jamais personne ne l’avait fait avant, Alistair. Une beauté qui me charme et me donne l’envie de vous aimer davantage. Une beauté qui redonne enfin à l’artiste que je suis une envie de composer. »


Je lui offre simplement le dessin, dans un sourire des plus francs et sincères. Je n’ai fait que des lignes qui peuvent sembler grossières à certains, mais qui reprennent ce que j’ai vu de lui. Ses yeux plein de tendresse. Un sourire plus profond encore, plus beau que celui que je l’ai vu porter. Un rire, peut-être même. Un visage dégagé de ses mèches mais où la barbe fleurit lentement. Un visage porteur de vie malgré les années passées. Un visage comme jamais je n’en avais rencontré.

    « S'il vous plait. Restez l'homme que j'ai envie d'aimer. Peu m'importe si vous me pensez excentrique, si vous ne me comprenez pas. Je sais que j'ai besoin de vous, là avec moi...»


Car tout semble à présent plus clair.
Il est l’homme qui me fera voir des merveilles.
L’homme qui saura m’éclairer.
Car après tout, jamais mon cœur n’avait tant battu.
Jamais mon cœur n’avait tant vécu.
Que depuis que j’ai croisé le regard de celui qui s’en est emparé.
Que depuis que j’ai effleuré ses lèvres sans pareil.
Je le sais à présent, mon héros, je l’ai enfin découvert.





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Alistair
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Dim 9 Juil - 10:05


Ses yeux ne me quittent pas. La comparaison est peu flatteuse, mais j’ai l’impression d’être le gâteau qu’un gamin observe par delà la fenêtre d’une boulangerie. Je me retiens de claquer des doigts devant ses prunelles, fixement plantées dans les miennes. Il prononce alors mon prénom. D’une voix douce mais ferme, articulant soigneusement chaque syllabe. Il est là, avec moi, il m’écoute et m’observe. Pourtant, son esprit me semble bien loin. D’ailleurs, son corps finit par le suivre. Voilà qu’il va d’un objet à l’autre. Ses yeux se détournent et détaillent ses antiquités, ses mains les effleurent. Je sens son agitation, sans pour autant la comprendre. C’est bien la première fois que je provoque un tel bouleversement rien qu’en me présentant. Alistair, faudra faire attention de ne pas trop brusquer ce gamin.

Son teint de porcelaine me renvoie à sa fragilité. Ses yeux clairs sont comme érodés : ses sentiments sont toujours filtrés par le fil de ses pensées. Elles s’emballent et se succèdent à toute allure, me rappelant le cours d’eau affolé d’une cascade. Il se laisse totalement emporter par elle. Son corps bouge avec grâce et harmonie, trahissant la réelle symbiose avec son esprit. Pas comme moi qui tremble dès que je m’inquiète un peu. Je masse un peu ma nuque de ma main quand je le vois déambuler et me retiens difficilement de lui demander si tout va bien. Il reprend la parole et j’écarquille les yeux en l’entendant réfléchir sur mon arbre généalogique. Alexandre le Grand ? Andros, comme la compote ? C’est parce que je suis grand et dodu qu’il dit ça ? Il se rapproche et va pour passer ses mains sur mon visage. Poliment, je m’écarte pour me détacher mais voilà qu’il effleure déjà mes épaules. Bon. Je suppose qu’il aime me toucher. Enfin, dis comme ça, c’est bizarre. Au moins, le contact semble le rassurer.

« La clé ? »

Je répète en levant un sourcil. Je ne comprends pas tout ce qu’il dit. Mais au moins, il répond à mes questions. Ses propos restent logiquement enchaînés, pour la plupart en tous cas. D’un côté, je trouve ça rassurant, de pouvoir suivre un fil de conversation – ou au moins, essayer d’en suivre un. La suite me laisse de nouveau éberlué. Sa muse ? Moi ? Mais il m’a bien regardé ? Sa main attrape la mienne. Ses yeux saisissent les miens. Ils les prennent en otage. Ils me montrent sa tristesse. Son angoisse. La peur qu’il a à l’idée que je l’abandonne, que je le laisse là. Pauvre gosse. Il me fait de la peine. Et avec tout ce qu’il me dit, je m’imagine très vite le drame si je le quittais. Au mieux, il resterait assis comme une âme en peine dans sa petite boutique ou il se collerait à la vitre. Au pire, il irait tuer quelqu’un pour calmer sa peine. Ouais j’y vais un peu fort, mais ce type, Arsène, c’est un peu celui qu’on verrait en photo pour un article comme « L’antiquaire fou a tué un client à coup de buste en marbre ». En supposant qu’il a la force pour le soulever.

Ses mains reviennent sur mon visage. J’ai fermé les yeux et je me laisse faire en respirant calmement. J’ai besoin de l’observer, moi aussi, pour mieux le cerner. Pour savoir ce que je peux dire ou ce sur quoi je dois faire attention. Puis il se dégage. Il dessine. Me montre. Je reste stupéfait de nouveau. Il a un vrai talent… Je le prends du bout des doigts pour me regarder, puis je lève les yeux vers lui, assez mal à l’aise face à ce qu’il me semble être une déclaration d’amour.

« Arsène… Je suis très flatté par tout ce que vous me dîtes. Et vous avez un véritable talent, ce dessin est magnifique ! »

Autant commencer par les points positifs. J’ai l’impression d’être un prof qui commente les notes de son élève, un élève qui n’a que 8 de moyenne mais dont l’on vante la persévérance. Ou d’être un parent qui félicite son enfant et qui finira toujours par lui dire qu’au final, des efforts supplémentaires peuvent être apportés, une fois de plus.

« C’est vrai que vous êtes… excentrique mais c’est ce qui fait de vous quelqu’un d’unique. »

Et à dire vrai, son petit côté foufou m’amuse. Ok, ça fait un peu flipper, mais il en faut plus pour réellement m’effrayer.

« Après eh bien hm… Peut-être qu’on devrait prendre le temps de se connaître ? Si tu veux, on pourrait se voir euh… la semaine prochaine pour discuter ? Nous pourrions boire quelque part, je t’invite ! »

Pour une fois, ce sont mes mots qui ne correspondent pas tellement à notre sujet de conversation. Mais je ne sais pas quoi lui répondre. Il m’a complètement ébahi et j’ai du mal à avoir un raisonnement censé après tout ce qu’il vient de me raconter et de me demander. Je préfère rester… réaliste, concret, comme à mon habitude. Je ne souhaite pas non plus lui briser le cœur ou lui dire que ses mots restent confus pour moi, alors j’ai pensé que lui montrer mon intérêt pourrait, au moins, le rassurer. Tout du moins, je l’espère.

Car ses yeux inquiets plantés sur moi me font mal. C’est un regard d’un homme à genoux devant son Dieu, qui implore sa pitié et sa protection.

Mais je ne suis qu’un homme, comme lui. Un homme dont le cœur se déchire quand je vois avec quelle insistance il me supplie, quand je vois l’intensité de son regard, le besoin qu’il a de m’avoir…

Je réponds comme je peux à ses prières. A ma manière.
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Arsène
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Sam 22 Juil - 18:18


interrupted by fireworks




Unique. Voilà comment il me qualifie. Et ce mot, il me vexe, quelque peu. Je n’aime pas que l’on dise de moi que je suis unique, semblerait-il. Pourquoi cependant ? Ce mot sonne comme un faux compliment que l’on glisse à quelqu’un d’étrange, de bien trop… bizarre pour soi. Mais quelqu’un qu’on ne souhaite pas blesser, que l’on sent trop fragile même pour lui dire la vérité. Alors on le traite d’unique. D’un être qui n’est semblable à personne d’autre. Alors certes, je ne suis pas similaire à la masse que l’on trouve à Varakes. Certes, je suis différent, mon art me sépare, mes compétences comme mes défauts font de moi quelqu’un qui se détache de la population si variée de cette ville à l’allure pittoresque. Mais suis-je donc unique ? Non. Au final, je ne suis qu’un artiste perdu, je ne suis qu’un homme. Et dire à un simple homme qu’il est unique fait comprendre qu’il n’est rien d’autre quelqu’un de bien trop… ailleurs. Peut-être même fou, qui sait. Suis-je fou ? Certains le pensent, je le sens dans les regards qui se glissent sur moi quand je suis au milieu du parc, à écrire et dessiner, yeux clos, à imaginer la nature qui s’étend devant moi et à ensuite la contempler, pour voire si mon imagination, bien trop peu débordante depuis mon réveil, est encore capable d’enchanter tous ces outils scripturaux dont je me sers tant bien que mal. Peut-être suis-je fou, oui. Mais je crois que je préfère être fou qu’unique. Car les fous se comprennent. Mais quelqu’un d’unique finit toujours seul et incompris tant il est différent du reste. Et ce n’est pas ce que je recherche, ni même ce que je désire.

Unique. Prononcé à la façon d’Alistair, cela ne semblait cependant pas si négatif. Je ne suppose qu’il ne maîtrise pas la subtilité de la langue et des autres sens. Sans doute n’essayait-il pas de me vexer ni même de me faire du mal. Oui, je dois prendre cela comme l’un des nombreux traits de ma muse. Alors qu’il parle, j’erre à nouveau vers mon bureau, prends mon petit carnet aux poèmes barrés, incomplets, aux poèmes ratés et autres vers non développés, aux poèmes blessés et abandonnés. J’y trace, du bout de mon crayon, ce nouveau détail de la vie d’Alistair. N’est pas à l’aise avec les mots ou n’en comprend pas les doubles sens. Je redresse aussi mes yeux fatigués vers son visage, pour écouter ce qu’il me dit d’autre, et chaque mouvement de la main suit ses phrases afin de noter bien des détails qui me permettront d’améliorer mon estampe dans mon carnet. Je prends des notes, oui. J’en ai cette nécessité. Alistair est parfait. Et je dois faire en sorte de rendre mon art à son image, pour que sa représentation soit des plus satisfaisantes.

Mais je le referme aussitôt en entendant sa proposition. Non. Arsène. Réfléchis. Réfléchis à toutes les questions que tu vas devoir lui poser. Réfléchis à toutes ces choses que tu dois savoir avant même de sortir dans les rues de la ville pour aller le retrouver dans un endroit populaire, ce genre d’endroits où jamais je ne me rends, par peur de toutes ces personnes qui s’y trouvent et s’y figent. Oh. Oui. Je sais. Je pourrais pourtant y aller, ce serait un endroit fantastique pour peindre toutes ces silhouettes fixes. Pourtant, les simples formes fixes que je veux peindre doivent être examinées, en détails. Je dois glisser mes doigts sur le moindre recoin de leur peau pour pouvoir les représenter. Pour qu’à chaque fois que je les observe sur la toile et que j’ai l’impression de les avoir là, réellement en face de moi. Dans ces bars, dans ces endroits peuplés, je ne vois que des âmes fixes et trop vides, qui se perdent dans des discussions futiles, à déblatérer sans même être capable de comprendre ce qu’ils transmettent. Pourquoi ? Car ils ne transmettent que du vide. Car ils ne sont pas naturels. Car ils se forcent. J’ai besoin de dessiner les autres dans un habitat naturel, là dans un parc à marcher, dans un magasin à s’énerver sur une vulgaire boîte. Pour nombreux, poser dans mon atelier ne serait pas naturel. Mais si. Tout le naturel ressort. Car je ne peins pas des mannequins mais des personnes dotées d’émotions, qui ne sont que dans leur naturel angoissé, perdu, nerveux, à me fixer bien souvent car ils ne savent pas quoi faire. C’est ce que je cherche. Le naturel des sentiments.

Je ne m’égare pas, non. Je ressens ce naturel des sentiments avec Alistair. Je le vois dans ses prunelles, gestes maladroits quand il se déplace dans mon magasin. Mon Alistair, ma muse. Il n’y a pas plus naturel que lui. Il incarne cette nature si présente que je ne rêve que de peindre depuis toujours. Je le ressens…

    «  Préférez-vous le thé ou le café ? Non, le chocolat chaud ? Croissants, pains au chocolat ? Choux à la crème ou au caramel ? Peut-être plutôt les éclairs ou les duchesses ? »


J’ai déjà rouvert mon carnet, prêt à noter une fois de plus, en déambulant dans les étroites allées de la boutique, à remettre en place ce qu’il a maladroitement fait bouger. Oh oui, je note également ce qu’il a effleuré. J’ai bien vu en marchant avec lui que ses yeux s’étaient posés sur le tableau de cette mer infinie, puis ensuite sur cette vieille statue grise à l’effigie de fleurs de lys. Il a fait bouger une partition, aussi. Harpe et violoncelle. Cela en indique long sur son être. Sur la mélodie de son coeur et l'écho de son âme.

    «  Jeudi prochain, à 10h, ici ? Je choisirai tout ce que vous préférez pour un petit déjeuner. Je ne suis pas à l’aise… dehors. S’il vous plait. Il me serait cent fois plus aisé de vous retrouver dans l’arrière boutique, qui sera quelque peu dégagée d’ici là. Ou alors… Ou alors non. Non, oubliez. »


Je ne dois pas tout faire pour lui, c’est une si mauvaise idée. Arsène, reprends toi, c’est lui qui est sensé t’inspirer et non toi qui est sensé le guider. Pauvre carnet, je suis désolé, voilà que je me dois de te reposer.

    «  Finalement, non. Choisissez où vous voulez. Je dois apprendre ce que vous aimez et les endroits que vous appréciez. Je dois apprendre de votre univers pour être bien mieux capable de vous cerner. Car même si j’ai l’impression de vous connaître au plus profond même de mon être, il est indéniable que je ne puis tout savoir de vous alors que nous nous sommes échangés que quelques regards. J’ai besoin de percevoir la vérité de votre âme et la pureté de votre être.»


Je m’arrête pour sincèrement sourire.

    « Par contre, je n’aime vraiment pas les pommes. Serait-il possible d’éviter un endroit qui ne sert que des pommes ? C’est rond et redondant, je n’arrive pas à me retrouver dans une pomme. »




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Alistair
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Ven 28 Juil - 16:52


Son regard ne me lâche pas. Il traque le moindre de mes gestes. Ses yeux ne me quittent pas, ils suivent mes mouvements, dessinent mon corps malgré les vêtements qui le protègent. Je sens ses prunelles le long de mes épaules, de mon dos solide, de mes bras épais, de mes pectoraux dessinés, du petit ventre plus ou moins mis en valeurs par ma ceinture. Je sens qu’il creuse mes rides, qu’il traque toutes ces imperfections que je n’ai pas l’énergie de dissimuler mais qui me semblent plus visibles que jamais, maintenant que son attention s’y dirige. Si lui me voit comme une Muse, si il parvient à trouver une beauté quelconque dans mon physique banal, je ne remarque que davantage mes imperfections. Ces défauts que je pourrais corriger mais auxquels je n’ose pas même penser, pour ne pas fragiliser davantage cette confiance en moi vacillante. Je vais le décevoir. Tôt ou tard. On ne se connaît même pas et voilà qu’il me semble totalement dévoué : ses yeux me supplient, ses mains s’accrochent à son carnet comme pour se retenir de s’emparer de ma main.

Ses questions reprennent, sur un rythme effréné. Est-ce qu’il prend au moins le temps de respirer ? D’où vient cet empressement ? Comme si le fait de me parler rapidement pouvait me convaincre de rester, m’empêcher de prendre la fuite ? Tout à l’heure, j’en avais l’envie. Plus à présent. Je ne me sens pas menacé par lui. Bon, il a été, sur le coup, un peu envahissant et intrusif, mais il a pris conscience que j’avais besoin d’une certaine zone de confort. Ou bien, c’est moi qui me suis adapté à lui ? Enfin, l’important, c’est qu’on soit à peu près à notre aise tous les 2.

« Je suis allergique au chocolat… Mais tout le reste me va. J’ai un petit faible pour les choux à la crème, les croissants et pour les duchesses. Je suis assez gourmand.»

Il ne me lâche pas d’une semelle. Je finis par ne plus oser toucher à ses antiquités : son souffle s’accélère dès que je laisse mes grosses mains effleurer un de ses biens. Je ne souhaite pas l’inquiéter outre mesure. Mes mains reviennent finalement se poser sur mes hanches, pour ne pas être tenté de laisser mes doigts traîner sur ces trésors d’un autre âge. De nouveau, voilà qu’il s’emballe. Je cligne des yeux en comprenant sa réticence à l’idée de sortir, avant qu’il ne se rattrape, qu’il ne me demande de choisir. Je reste hésitant face à ce discours contradictoire. Lorsqu’il me parle des pommes, je laisse échapper un rire amusé puis je glisse une main le long de mon menton mal rasé. Qu’est-ce que je peux lui proposer ? Je ne vais pas l’inviter à un bar alors qu’il vient de me dire qu’il n’appréciait pas les endroits bondés…

« Eh bien moi aussi, je souhaite davantage vous connaître. »

Oui, il attise ma curiosité. Et sans que je ne puisse me l’expliquer, il parvient à susciter mon affection.

« Je peux vous rejoindre ici jeudi prochain. Nous pourrons manger à votre arrière-boutique, pour commencer… Et je me chargerai de préparer tout ce qu’il faut. »

J’ignore si mon idée lui convient. Par prudence, je finis par proposer.

« Sinon, nous pouvons sortir faire un tour et voir ensemble les lieux dans lesquels vous vous sentirez à l’aise. Je me sens bien partout ! »

Je suppose que c'est l’un des avantages à ne pas avoir de souvenirs. On ne sait pas vraiment quel endroit nous sied le mieux. Dans quelle ambiance on se sent le plus à son aise.

Peut-être que nous pourrions nous en trouver un en commun ?
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Arsène
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Dim 30 Juil - 13:07


interrupted by fireworks




Sortir.

Oh. Voilà qui est imprévu. Si j’avais l’envie de passer toute la matinée là, à le contempler, à apprendre de la couleur de sa peau, de ses cheveux grisonnants, de son air faussement bourru au sourire maladroit, lui souhaite visiblement sortir. Je ne suis pas aussi renfermé que je laisse le croire : sortir est un loisir qui me plait, même si je ne me sens pas à l’aise en compagnie de personnes. Vivre au milieu de cette même population n’est pas dérangeant. Après tout, je suis là pour apprendre d’eux et pour pouvoir les retracer dans la longue esquisse encore timide qu’est ma nouvelle vie à Varakès. Alors, certes, je peux avoir cet air réfractaire à l’idée de mettre les pieds à l’extérieur, mais c’est en vérité bien plus subtil. Pour que je désire sortir, il me faut un but. Je ne sais sortir simplement pour sortir. Je ne sais sortir simplement pour marcher dans le vide. Je dois me mettre en tête d’un endroit où me rendre, même si cet endroit bien précis ne me servira que de prétexte à observer. Sortir pour sortir, est-ce quelque chose de valable ? Il faut que l’esprit cogite, il ne faut pas qu’il s’arrête. Alors sortir, oui. Oui. Mais seulement si cela me laisse l’occasion de laisser voguer mon regard et mes pensées, si cela nourrit mon être et si je peux apprendre, comprendre, questionner et répondre, deviner et m’intéresser. Et c’est ce qu’Alistair propose, me semble-t-il. Je me contrefiche bien des endroits. Non, que dis-je, je ne m’en contrefiche pas vraiment. Disons qu’ils ne seront pas la chose primordiale à mes prunelles, qu’ils ne seront pas ce que je vais essayer d’interpréter.

    «  Pourquoi vouloir me connaître ? »


Voilà ce qui brûle cependant mes doigts depuis de bonnes secondes. Quel intérêt ? Je ne suis rien d’autre qu’un artiste. J’écris, je compose à travers syllabes, pieds et mots, je suis celui qui esquisse sur le papier à l’encre noire, celui qui, parfois non sans difficultés, impose aux sons leur apparence. C’est tout. Alors que lui est bien plus, muse encore renfermée, qui ne demande qu’à briser sa carapace pour briller au travers de mon art.

    «  J’aime le porridge et les nouilles. J’aime les chiots et les homards. Je n’apprécie pas les formes circulaires. Je crois que j’aime bien les chiots. Oh je l’ai déjà dit, pardon, je… »


(Arsène. Pourquoi bafouiller ? N’es-tu pas celui qui est capable de faire danser les sons sur une feuille ? Oui, sur une feuille, mais à voix haute, c’est bien différent malheureusement.)

Je range mes affaires, cherche mes clés avant de les retrouver dans ma poche, prends un sac avec mon carnet et quelques crayons avant de redresser les yeux vers celui qui m’a fait cette proposition. Sortir. Oui. Et sortir pour une raison. Trouver un endroit où je vais en apprendre plus encore sur lui. Ne devrait-il donc pas décider seul ? Tous les endroits qu’il apprécie me conviendront, cela est certain.  Je sais qu’il s’y trouvera bien. C’est ce qui compte.

    « Emmenez-moi où vous vous sentez vous-même. Où vous vous sentez bien. Même si ce n’est pas un bar. Même si ce n’est pas un endroit... où l’on emmène quelqu’un en temps normal. Juste là où vous êtes bien. Ce sera le lieu où j’aurais envie de vous représenter. Le lieu où je vous verrai entier. Le lieu qui vous plaît. Oui. Voilà. »


Je referme la porte de la boutique après avoir fermé le petit loquet, les petits rideaux, et retourné le panneau pour préciser que je ne suis pas dans les lieux. Enfin, je plonge mes mains dans mes poches à nouveau.
    « J’ai laissé mes clés à l’intérieur. J’ai fermé le loquet. »


C’est maladroit.
Ridicule.
C’est tout moi, depuis que je l’ai vu.

Depuis que j’ai vu Alistair.

J’en suis conscient. C’est déjà un grand pas que de me rendre compte que je ne fais que des erreurs qui me rendent sans doute trop excentrique et qui me font passer pour un imbécile auprès de cet homme qui me fait tourner la tête.

    «  Le double est chez moi, je crois. Mais… je ne veux pas gâcher l’instant ensemble. J’irai plus tard. J’espère juste que vous n’aviez pas oublié quelque chose à la boutique. »




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Alistair
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Sam 5 Aoû - 18:08


Sa question me désarçonne de nouveau. Enfin, je suppose que je dois progressivement m’habituer à être étonné par lui. Notre seule rencontre était une surprise, sans parler des échanges que nous avons eus par la suite. Certes, je n’ai plus aucun souvenir de mon passé, mais les connaissances que j’ai récupérées depuis mon réveil me permettent de savoir qu’il a une façon d’agir et de penser… qui sont bien à lui. Sa logique est différente de la mienne, néanmoins, je commence petit à petit à l’approcher. Je ne dis pas que je la comprends, mais je commence à la cerner.

« Eh bien… Pour connaître quelqu’un, il vaut mieux… qu’il y ait un échange. Et je préfère que les échanges soient équitables. Alors si tu souhaites en savoir plus sur moi, je veux en savoir davantage sur toi. »

Je réponds avec sérieux et pourtant, une légère malice. Je croise les bras sur mon torse et unis mon regard au sien. Je crains un instant que cette idée ne le dérange ou l’effraie… Je pense un instant à un artiste ermite qui préférerait se réfugier dans ses œuvres, loin des autres, loin de toutes confrontations sociales. Il n’y a pas mal d’écrivains dont j’ai lu la biographie qui se situent dans ce cas de figure. Comme ce compositeur constamment enfermé chez lui, qui finissait par fantasmer ses amants sans réellement les rencontrer. Si ce n’est dans sa tête. Est-ce donc son profil ? Je ne pense pas. Il est venu spontanément vers moi. Il a cherché à converser avec moi.
D’ailleurs, lorsqu’il me parle de ses goûts, je l’écoute avec intérêt et amusement. Je sens sa maladresse et cela me rassure un peu sur mes propres compétences sociales. On tâtonne tous les 2. Alors qu’il me parle, il s’agite, il cherche, il rassemble ses affaires. Il a besoin de s’occuper tout en me parlant. Comme pour s’aider à organiser ses propres pensées ou comme pour fuir le stress qui semble prendre possession de lui. J’ai l’impression de foutre un gros merdier dans sa vie si bien tracée. A croire que j’ai enlevé ses panneaux indicateurs.

« Le lieu qui me plaît ? Euh… J’en ai pas mal. »

Où est-ce que je pourrais l’emmener ? Je connais un bar plutôt agréable, chaleureux, où il n’y a pas grand monde. Il y a aussi une sorte de petit salon de thé où on mange à toute heure, avec une bibliothèque, où j’aime me rendre pour flâner. J’aime le bord de la mer, j’aime les rues d’un autre temps, la grande avenue près de chez Joséphine où il y a plein de petites boutiques en tous genre. Je pense qu’il serait plus à l’aise dans un des salons de thé qu’il m’arrive de fréquenter, avec son ambiance intimiste. Bon, la plupart des gens qu’on y croise sont assez bizarres : des hommes ou des femmes seuls, sur leur ordinateur, leur téléphone, leur carnet dans les mains ou les yeux dans le vide, le regard hagard bien qu’aucun d’eux n’ait eu à boire d’alcool. Il y a parfois des personnes âgées qui observent autour d’elles d’un air condescendant, comme les Seigneurs bien trop magnanimes qui acceptent à ce que de vils serfs viennent prendre un peu de repos dans leur sanctuaire…

Nous sortons de la boutique et je remarque son petit manège, avec le panneau. Malgré moi, je ressens un certain soulagement. Je suis un homme plutôt soigneux et ordonné. Je suis le premier à mettre en place de petits rituels, des habitudes qui m’aident à calmer mes pulsions d’angoisse, à gérer le stress latent que je renferme en réalité. Et alors qu’il se tourne vers moi, son annonce me laisse sans voix de nouveau. Ah. Il a laissé les clefs. Merde. Je passe une main le long de mes mâchoires.

« Oh merde… Non, je pense pas que j’aie oublié quelque chose. Vous voulez qu’on aille chez vous vérifier pour le double de vos clefs ? Sinon je… J’ai pensé à un salon de thé où nous pourrions allés. Y’a pas mal de coins que j’aime dans cette ville, je pourrais vous les faire découvrir un à un ! »

Je sais que cette idée peut lui faire plaisir. Je l’imagine déjà m’offrir, peut-être, ce sourire très doux qu’il m’a montré à plusieurs reprises. Un sourire que je trouve étonnamment fragile sur son visage de porcelaine, probablement à cause de ses traits tirés et des cernes qui pèsent sous ses yeux.

Je pense qu’il pourrait se plaire dans cet endroit paisible, sans trop de monde. Là bas, au moins, je sais que les seules pommes que nous pourrons croiser sont dissimulées sous la surface craquante et caramélisée de chaussons…
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I.R.F
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Jeu 10 Aoû - 17:46

SOUVENIR D'ARSÈNE
Tes doigts serrées sur le stylo recensent ces informations dans un geste presque extatique. Aujourd'hui était une journée mémorable. Tu n'as même pas pris la peine d'ôter tes vêtements pleins de sang, tu préfères consigner ce qui t'intéresse. Noircir des pages entières de ton but ultime, de la preuve que tu t'en rapproches. C'est un premier pas, certes mais un pas qui t'a fouetté le sang, qui donne un sens à ce chemin que tu as parcouru pour le trouver. Ce type, il ne te fait pas confiance pourtant il ne trouvera personne de plus impliqué que toi. Tu éprouves un plaisir malade à pourchasser ton but. Tu as enfin la possibilité d'assouvir tes pulsions qui ont trouvé naissance durant cette fameuse nuit. Tes mâchoires se contractent et un brusque bacchanale t'attaque les tympans, interrompant ta prise de note. Tu fixes le revolver qui a chu sur la table en bois et tu le reconnais. C'est ton arme. « T'as oublié ça. » Tes yeux se lèvent sur l'homme qui se trouve devant la table à laquelle tu es accoudé. Tu aurais donné n'importe quoi pour retrouver cette homme-là qui te donne accès à ce dont tu rêves mais ses grands airs, tu les détestes. Il se croit supérieur à toi, monsieur le chef. Il ne se doute pas de ce que tu pourrais lui faire. « Merci. » Politesse empoisonnée dont tu te contentes pour l'instant. Il t'est utile alors pas de place pour les réactions futiles. « Aujourd'hui, tu t'es comporté comme... un taré. On n'a pas besoin de ça. N'oublie pas que je n'hésiterai pas à mettre un terme à notre collaboration si tu dépasses les bornes. » Un regard incandescent se plonge dans le sien, tu n'as aucune intention de t'excuser ou de changer quoique ce soit à ta conduite. Tu feras ce qui te semble juste. Et à l'heure actuelle, ce qui te semble juste, c'est qu'il la boucle et comprenne que tu n'es pas un enfant de choeur. « Je ne m'excuserai pas pour ça. Je ne suis pas là pour faire du tricot et des gâteaux. »

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Arsène
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Lun 14 Aoû - 14:25


interrupted by fireworks




    «  Non. »

Une réponse universelle qu’est la négation, n’est-ce pas ? La négation peut répondre à toute question, même une question ouverte. Car cette réponse implique que l’on ne veut pas développer. Que l’on ait de quoi compléter la question ou non d’ailleurs, que l’on sache quoi dire, que l’on détienne les mots. Une réponse qui peut montrer notre agressivité tout en la laissant encore enveloppée derrière des sentiments qui n’ont pas eu à être présentés à  l’interlocuteur. C’est ce que j’ai développé à Alistair. Un non pour ne pas en dire plus. Une explication d’un mot. Mais pas pour l’entièreté de sa question. Je ne veux pas aller chercher mes clés. Je ne suis pas prêt à le voir dans mon environnement mais je suis prêt à le voir dans le sien uniquement. Je ne sais pas comment il se sentirait chez moi, sans doute pas dans son élément, un peu perdu et pataud. Même si être pataud est quelque chose qui semble plutôt bien le caractériser, je veux que ce soit… chez lui. Pas chez moi. Il ne doit pas encore transpercer mon univers, je dois avant tout m’adapter au sien. Et le salon de thé qu’il me propose m’ira parfaitement : il aurait pu m’emmener chez un marchand de glace ou bien même au parc que cela m’aurait convaincu. J’ai juste oublié de donner mon accord sur ce qu’il m’a dit.
    «  Oh. Mes clés sont là. Dans ma poche je… »

Je les entends, je les sens. Oui, les voilà. Je reconnais la petite clé de couleur dorée qui sert à ouvrir ma boutique, je sens l’autre clé un peu abimée de mon appartement. Mais le trousseau glisse et dérape au fond de mes poches, comme si quelque chose s’était déversé. Je me demande si c’est encore un mauvais sort, peut-être ne devrais-je pas prendre mes clés, peut-être devrais-je rester dehors ou l’emmener chez moi. C’est pourtant contraire à ce que je pensais. Enfin j’arrive à attraper l’anneau qui garde les clés avec lui. Je les ressors enfin mais les fait aussitôt tomber.
    «  Non… » »

Cette même réponse négative peut aussi avoir cette sensation que quelque chose nous dérange plus profondément. Et c’est bien le cas en cet instant présent. Si le non précédent montrait un avis contraire à ce qu’il me proposait, celui-ci montre mon malaise et mon rejet. Ce qui est plutôt amusant, c’est que c’est un mot que je ne prononce absolument jamais en face de quelqu’un. Mais voilà que c’est la deuxième fois que je le fais avec Alistair. Je me sens en confiance. Voilà pourquoi. Et j’ai besoin de confiance, là, maintenant.

Ma main gauche me démange.

Je vois le sang sur mes doigts, je le sens sur moi. Je me souviens. Cet homme. Je me souviens, l’arme. Mon carnet. Oui, où est-il ? C’est celui-là, celui que j’ai toujours sur moi. Non, je l’ai oublié ? Encore.
    «  Je dois… Je dois rentrer, je dois… C’est… »

Je sens quelque chose d’humide sur mon visage. Du sang aussi ? Oui. Oui je crois. En vérité, je n’en sais rien. Je reprends mes clés difficilement, et j’en prends une pour gratter ma main quelques secondes. Une fois qu’elle saigne enfin, que le métal s’est glissé dans ma peau, je soupire et rouvre la porte pour entrer en catastrophe et chercher l’objet qui m’est le plus précieux, et qui visiblement m’était tout aussi précieux à l’époque. Je m’en vais dans l’arrière salle, le retrouve là, posé, pages ouvertes. J’étais pourtant persuadé que je l’avais mis dans les poches de mon manteau… Comme mes clés.
Un long soupir m’échappe, je crois que je pleure, tout mon corps tremble. Je ne voulais pas mener Alistair dans mon univers, pas de suite. Car il aura peur et car il va… me laisser. M’abandonner.
Je redresse enfin les yeux pour voir s’il m’a suivi. Mais tout ce que je vois est cet endroit sombre de mon souvenir. Et le sang. Le sang contre les murs, l’arme sur mon bureau, bureau qui n’est en vérité plus le mien. Le sang sur mes vêtements. Le vrai moi, apparemment.

Ne l’appelle pas, Arsène.
Ne l’appelle pas.
Il va t’abandonner. Peut-être que l’homme dont tu prenais des notes… voulait t’abandonner aussi ?
Non non non.
Non.
Arsène, ne l’appelle pas.
    « Al… Alistair… »

Ma voix est encore trop faible, je ne devrais pas l’appeler. Je ne devrais pas faire cela et j’en suis convaincu, au fin fond de mon être.
    «  Je t’en supplie… Sors-moi de là. »

Et ma main me gratte à nouveau. Je ne sais pas même s’il peut voir ce que je vois. Je ne sais plus où je suis, quand.

Ni même qui je suis.


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Alistair
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Dim 20 Aoû - 14:09


Il a ses clefs. Le soulagement me gagne et je soupire discrètement alors qu’il enfonce sa main dans sa poche pour rattraper ces-dernières. Il s’agit d’oublis simples qui peuvent pourtant vous ruiner une journée… Voire davantage, selon les prix que vous propose le serrurier.

Je croise les bras sur mon torse et sens mes épaules se relâcher. Je vais pour sourire, quand Arsène répond soudain par la négative. Je cligne des yeux, sans en comprendre la raison, alors que ses mains lâchent les clefs qu’il a tant cherchées. Je lève un sourcil et n’ai pas réellement le temps de me pencher pour les récupérer. Mon regard croise le sien. Ses prunelles rondes comme des billes. Ses yeux écarquillés sous la frayeur. Sa pâleur est pire encore, ses lèvres elles-mêmes n’ont plus leur rosée habituel. Il doit rentrer. C’est ce qu’il me fait comprendre, en tous cas. Est-ce une façon de me dire de… dégager ? Je n’en ai pas l’impression. Il doit rentrer. Se réfugier. Il est terrorisé. Je sens son raisonnement, déjà précaire, s’effondrer et m’échapper, s’enfuir sur des étendues inconscientes dont je ne peux que deviner par les regards, les gestes, les mots qu’il me confie. Comme des indices pour le retrouver. Pour rattraper ce cheval qui s’emballe, ses angoisses qui l’emportent comme un torrent furieux, ce cœur qui bat de façon désordonnée. Cette âme torturée, malmenée par des souvenirs, par des réflexions trop rapides pour que je puisse seulement les discerner.

Je ne me rends pas immédiatement compte… qu’il se blesse avec ses propres clefs. Mon regard ne quitte pas le sien, ne quitte pas ses lèvres que je sens trembler, que je devine légèrement abîmées. Quand j’aperçois le sang perler, voilà que son corps réagit. Il s’écarte. S’engouffre dans sa boutique. Je cligne des yeux et je fais un pas, deux.

« Arsène ? »

J’ai appelé, instinctivement. Ma voix est calme, posée, presque autoritaire dans le silence de la boutique. Aucune réponse. Je m’avance. Sans me presser. Je suis sur mes gardes, malgré moi. La boutique est plongée dans une pesante pénombre qui étouffe le son de mes pas. Elle est comme un cocon, refermée, protectrice, sur l’esprit fragile de ce garçon. Je ne pense plus à m’enfuir. Comme à chaque fois que l’on a besoin de moi, je m’avance. Le regard déterminé, les sourcils froncés.

Enfin, sa voix répond à la mienne.

De nouveau, le soulagement m’emplit les poumons d’un souffle nouveau. Mon corps retrouve vigueur et c’est avec plus d’assurance que je me dirige rapidement dans l’arrière boutique. Il ne semble pas me voir. Ses yeux observent les murs, passent sur moi, alors qu’il me supplie. Alors qu’il m’appelle à l’aide. Sa main est en sang. Et il continue à se faire du mal. Prisonnier d’une cage dont je ne vois pas les barreaux. Retenu par des chaînes invisibles que je ne peux pas rompre de mes mains. Il ne me voit pas. Mais peut-être peut-il m’entendre. Peut-être peut-il me sentir. Je ne réfléchis pas. La distance qui nous sépare, je ne la franchis que d’un grand pas. Mes bras se referment autour de lui, le serrent contre moi. Ma main guide sa tête contre mon torse pour le protéger de la scène cauchemardesque qu’il ne peut quitter des yeux. Mon autre main se referme sur sa main blessée, mon pouce protège instinctivement sa blessure. Elle la presse pour empêcher son sang de couler pour l’empêcher d’approfondir davantage la plaie.

« Arsène, ressaisis toi. Je suis là. Tout va bien. »

Ma main plonge dans ses cheveux blonds, masse son cuir chevelu. Son corps est protégé par le mien. Mon nez frôle le sommet de sa chevelure alors que je ferme les yeux. Mon souffle est très profond, lent et régulier, pour inviter sa respiration à me suivre.

« Je suis là, Arsène. »

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Arsène
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Lun 28 Aoû - 15:30


interrupted by fireworks




J’ai mal. Pourtant, je ne ressens pas de douleur physique. C’est une douleur différente. Une douleur de l’âme. Oui. Une douleur qui grandit en moi depuis mon arrivée ici et qui vient d’atteindre son pic, qui vient de faire exploser le peu de pensées sensées que j’avais depuis quelques temps. Oui. Une douleur de l’âme. Je ne saigne pas, je ne vois pas la blessure et je sais que je ne peux pas la soigner comme l’on soignerait une simple coupure. Je ne soigne de toute façon jamais mes coupures, et je me demande vraiment si je soignerais un jour cette blessure au fin fond de mon être, dans l’obscurité la plus totale, entre mon crâne et mon cœur, sans doute pas loin de mes poumons parfois. Elle se balade, se promène, sème la pagaille, m’agite dans sa danse folle. Jusqu’à son summum, elle mène mon être. Et voilà que je suis à présent confronté à sa plus belle représentation, son paroxysme, tel un danseur de ballet sur sa scène, je ne peux rien faire que l’admirer et souffrir lorsque ses pas, bien que légers, retombent sur les planches poussiéreuses du vieil opéra délabré dans lequel il interprète son rôle. J’ai cette peur de le voir s’écrouler, ce danseur, de voir sa cheville se disloquer alors qu’il s’écroulerait au sol dans une grimace de douleur. N’est-ce pas ce qu’il se vient de passer, pourtant ? Non, pas tout à fait. Mais pas loin. Il a raté un pas, c’est certain. Et il en subit les conséquences. J’en subis les conséquences.

Je n’ai pas mal à la main. Non. Je sens quelqu’un qui appuie dessus et empêche le sang de couler. C’est gênant. J’ai toujours besoin de cette blessure pour me ramener à la réalité, pour m’avertir que ma tête va flancher, que je vais sans doute basculer. Alors pourquoi est-ce qu’on cherche à l’exténuer ? Ce n’est pas moi qui fais cela. C’est… oui. Alistair. Alistair est venu. Il a entendu ma voix prononcer son nom, le son de chaque syllabe s’échapper d’entre mes lèvres. Autour de moi, j’entends encore l’homme qui me parle, en boucle, je revois la scène, mon carnet, mes gestes. Puis j’entends sa voix, à lui, mon héros, couvrir progressivement le tout, remplir ce vide en moi. Comme une mélodie, sa voix guide ce danseur et l’aide à reprendre ses pas. Alors j’ouvre les yeux, bien qu’inquiet à l’idée de revoir et sentir, encore, le sang. Mais je ne suis que dans l’arrière salle de ma boutique, plongé contre un corps chaud au cœur battant, angoissé, nerveux, contre des bras qui se resserrent à chacun de mes mouvements. Je sens son souffle dans mes cheveux et je le suis, pour avoir à mon tour un rythme plus apaisé. Je devrais reprendre la parole, mais le silence, tout du moins le mien, est plus que nécessaire dans un tel instant.
Je n’ai pas inventé ce que j’ai vu. Bien qu’imaginatif, je sais que mes illusions n’auraient pas pu être si précises. Je sais que je n’aurais pas pu créer telle scène. Je l’ai vécu, à un moment ou à un autre de ma vie, sans doute passée hors de Varakes. Mais comment aurais-je pu même regarder un corps être exécuté devant moi, pour mon simple plaisir et mes étranges desseins ? Comment aurais-je pu collaborer avec un sombre être qui a abattu, de sang froid, un être vivant ? Ce ne pouvait pas être moi.

    « Je suis quelqu’un de mauvais, Alistair. N’est-ce pas ? »


Ma respiration est redevenue stable, mais je ne me suis pas détaché pour autant de ses bras. Au contraire, je m’y agrippe, je cherche une douceur qu’il détient, en lui. Une douceur que j’ai perçu lorsque je l’ai rencontré. Une douceur qui bercera mon être perdu…

    «  Lorsque vous m’avez vu… Vous m’avez pensé fou. Vous vous êtes peut-être dit que j’allais… vous faire du mal en vous emmenant dans ma boutique. Que j’allais vous agresser ou que sais-je… J’ai raison, non ? »


Oui. Peut-être que le moi passé l’aurait fait. Apparemment, c’était une de ses passions. Apparemment, cela lui était nécessaire. Apparemment c’était… ainsi qu’il vivait. Mais comment est-ce possible ? Je ne supporte pas l’idée de violence et je pourrais encore moins la commettre ou la vouloir moi-même !

    «  Je ne suis pas fou… Juste hanté. Hanté par des pensées qui se matérialisent, devant moi, parfois. Qui me font me sentir mal ou heureux. Attristé, bien souvent. »

Je crois que j’ai ce besoin de me confier, à lui et lui seul.
Oui. Juste lui.
Alistair.
    «   Et je ne peux pas les arrêter. Elles déferlent sur moi comme un torrent, comme un tsunami de sentiments qui se brisent là contre les rochers de mon cœur. »


Je redresse doucement la tête vers lui. Je ne sais pas s’il restera après tout ce que je lui dis. Alors je prends sa main dans la mienne, blessée, et entremêle nos doigts en laissant nos prunelles s’unir quelques secondes.

    «   Votre voix est une berceuse. Les vagues se calment et la mer s’apaise quand je vous entends. Je ne me moquais pas quand je vous disais muse. Vous êtes muse de mon esprit. C’est ce que j’ai ressenti en vous. Ce que je ressens en cet instant. J'aimerais vous le dire plus facilement… »


Alistair

Je suis bien contre toi,
A me bercer du son de ta voix.
Si seulement je pouvais le dire simplement,
Au lieu de me perdre sans cesse dans le néant.

Tu offres sourire à mes peines,
Avec tes mots, elles sont sereines.
Tes gestes brisent ma douleur,
Et me réchauffent de leur douceur.

Alistair, ne me laisse pas.
J’ai si grand besoin de toi.
De croiser ton tendre regard,
De te découvrir au hasard.

Mais mes paroles trop névrosées
N’atteignent toujours pas ce cœur à charmer.



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Alistair
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MessageSujet: Re: interrupted by fireworks (alistair)   Dim 3 Sep - 10:00


Son souffle est plus lent. Il reprend contact avec la réalité. Son corps réagit au contact du mien. Il se rapproche. Il ne m’écarte pas. Il est là. Avec moi. Comme pour mieux le raccrocher, pour l’empêcher de se perdre à nouveau, mes lèvres s’entrouvrent, prononcent une dernière fois son prénom. Arsène. Ma voix est confiante, paisible. Ce n’est pas un appel, pas un reproche ou une supplication. Cela résonne davantage comme une salutation. Je ne sais pas où ses pensées l’ont mené. J’ignore dans quel monde sa tête l’a emmené, dans quelle vision ses yeux se sont égarés. Mais je ne vais pas l’y laisser y retourner. Ouvre les yeux, Arsène. Sors toi de là. Écoute moi. Accroche toi à moi. J’ai les épaules bien assez solides pour te retenir. Mon souffle se perd dans ses cheveux clairs alors que j’appose une de mes mains sur sa nuque, dans un geste paternel, un geste protecteur. Un geste réellement tendre. Et c’est alors que sa voix perce le silence. Une voix éteinte. Prête à se briser, à se taire et disparaître. Ses paroles me laissent stupéfait alors que l’étreinte de ses mains se resserre. Je ne bouge pas d’un pouce. Mes yeux reviennent chercher les siens. Je ne comprends pas immédiatement où il souhaite en venir… Mais j’ai appris qu’il était plus aisé d’aller dans son sens que se buter sur sa position. Je ne cherche plus à comprendre pourquoi il passe d’un sujet à un autre… Son esprit est semblable au vol hasardeux d’un papillon dont les ailes aux milles et une couleurs ne permettent pas d’en définir le teint exact, dont la fragilité quémande une extrême douceur. J’espère en être capable. Je me sens pataud, maladroit. Lourdaud. Intrusif. De nombreux propos négatifs émergent de mon inconscient, viennent poignarder le peu de confiance que j’essaye de me construire. Pourtant, habituellement, je ne me pose pas tant de questions… Mais avec lui, si. J’ai peur de le brusquer. De lui nuire, alors que je fais tout pour l’aider.

« Non… Vous avez tort. J’étais simplement inquiet… Pour vous. »

Je ne suis pas bon pour mentir mais je fais de mon mieux. Je ne veux pas le blesser. Mais je crois que je fais tout le contraire. Je retiens un soupir, exaspéré face à ma propre attitude.

Et c’est alors qu’il m’offre enfin des explications. Des explications certes, encore confuses pour moi, mais qui m’aident à mieux comprendre sa situation. Ce qu’il traverse. Je reste silencieux, attentif, j’essaye de retenir tous ses mots. Et ses doigts s’entremêlent aux miens. C’est à son tour de me retenir. Il a peur de me perdre, lui aussi. Peut-être est-il aussi peu assuré que moi, au final. Il faut croire que le destin fait bien les choses. Il parvient à réunir 2 hommes totalement opposés et à leur trouver des points communs. J’apprécie sa poésie. J’apprécie ses métaphores. Cette capacité incroyable à aligner de si jolis mots, à se détacher de leur sens premier pour en extraire une toute autre signification. Je pense au travail d’un parfumeur, capable de récupérer l’essence même d’une fragrance, de l’allier à d’autres en un fameux mélange, jusqu’à créer une véritable œuvre d’art. Parfois, nous ne sommes pas même capables d’en identifier l’origine… Malgré cela, cette odeur nous plaît, nous est familières, nous la reconnaissons sans l’identifier. Quand je l’écoute, c’est ce que je ressens. Je n’identifie pas clairement le message qu’il souhaite me transmettre, pour autant, je le comprends, il me fait frémir et me fait ressentir. De la peine, de l’attachement, de l’inquiétude. De la tristesse.

« Arsène… »

Je soupire mais je ne me dégage pas. Je réfléchis… pour trouver des mots comme lui le fait. Pour m’exprimer comme lui le fait. Mais je n’en suis pas capable. Un sourire contrit s’échappe de mes lèvres à cette constatation décevante.

« Si vous avez besoin de parler de ces pensées, faîtes le. Si… ma présence, mon écoute ou que sais-je peut vous faire du bien… eh bien je serai là. »

Qu’est ce que je suis en train de faire, encore ?

Comme d’habitude, j’offre mon aide. Spontanément. J’espère ne pas me fourrer dans des ennuis. Il y a quelque chose que je ne sens pas, quelque chose qui me soucie, quelque chose sur lequel je ne peux pas mettre mon doigt. Puis-je vraiment l’aider ? Ou ne vais-je que le pousser dans… cette étrange crise qu’il a traversée ? Après tout, il m’a appelé. Je l’ai aidé à s’en sortir. Peut-être puis-je le refaire ?

« Je veux vous venir en aide. »

Mes mains prennent les siennes avec tendresse.

« Quand vous vous sentez… dépassé… Vous pouvez m’appeler, m’envoyer un message ou bien… venir me retrouver. Nous pourrions discuter, aller nous promener, vous changer les idées. »


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interrupted by fireworks (alistair)
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